Tchad : Entre Ouverture Politique et Stratégie de Positionnement pour les investisseurs
Article
Feb. 10, 2025, noon
Aimé GUESSIMBAYE DJIKOLOUM
CEO de Guess Consulting & Investment Capital
Expert Bancaire et Judiciaire
Tchad : Entre Ouverture Politique et Stratégie de Positionnement pour les investisseurs
Ces derniers jours, l’actualité politique tchadienne retient l’attention des observateurs, marquée par des revirements aussi spectaculaires qu’inattendus. La politique de la "main tendue", prônée par le Maréchal-Président de la République, semble produire des résultats tangibles. Cependant, au-delà des apparences, cette dynamique relève davantage d’une stratégie de long terme que d’une simple initiative ponctuelle.
Un indice révélateur de cette orientation stratégique est la récente notation financière du Tchad par l’agence Standard & Poor’s (S&P). En octobre 2024, le pays a obtenu pour la première fois une note de ‘‘B-/B’’ avec une perspective stable. Cette évaluation reflète à la fois les défis économiques persistants et les efforts déployés pour renforcer la stabilité financière et politique du pays.
Alors que le Tchad poursuit son ouverture et tente de rassurer les investisseurs, ces évolutions interrogent sur la portée réelle des réformes engagées et sur leur impact à long terme. La scène politique demeure en pleine mutation, et l’avenir dira si cette stratégie permettra d’ancrer durablement le pays dans une trajectoire de stabilité et de développement.
En attendant, trois points méritent une analyse approfondie à la lumière de cette actualité : que révèle cette notation ? Quels sont les leviers d’amélioration pour le Tchad ? Et quelle est la perception des investisseurs face à cette dynamique ?
I. Une notation révélatrice des défis économiques
La notation B-/B reflète la capacité actuelle du Tchad à honorer ses obligations financières, mais aussi sa vulnérabilité face aux chocs économiques et politiques.
B- (long terme) : Le pays peut faire face à ses engagements financiers, mais sa capacité reste limitée. Des conditions économiques ou politiques défavorables pourraient accroître le risque de défaut.
B (court terme) : Le Tchad est en mesure de répondre à ses obligations à court terme, mais reste exposé à des risques importants.
Cette notation met en lumière la nécessité pour le pays de renforcer sa résilience économique et financière pour rassurer les investisseurs.
II. Quels leviers pour améliorer cette notation ?
L’obtention d’une notation financière démontre une volonté du gouvernement de s’intégrer davantage dans les marchés financiers internationaux. Pour améliorer sa position et renforcer la confiance des investisseurs, plusieurs actions stratégiques sont envisageables :
Diversifier l’économie : Réduire la dépendance au pétrole en stimulant d’autres secteurs clés tels que l’agriculture, les mines et les services.
Renforcer la stabilité politique : Promouvoir la paix et la sécurité afin de créer un environnement propice aux investissements.
Optimiser la gestion des finances publiques : Mettre en œuvre des réformes visant à une meilleure gestion budgétaire, à la réduction de la dette et à la maîtrise des dépenses.
Investir dans les infrastructures et le capital humain : Développer les infrastructures essentielles et renforcer les secteurs de l’éducation et de la santé pour améliorer le bien-être de la population et la productivité.
III. Quelle perception des investisseurs ?
Les récents événements politiques, notamment l’organisation d’élections et la recomposition gouvernementale, envoient des signaux contrastés aux marchés. D’un côté, l’obtention d’une notation par une agence internationale témoigne d’une volonté d’ouverture économique, offrant une meilleure visibilité aux investisseurs. D’un autre côté, l’intégration d’anciens opposants au sein du gouvernement peut être perçue comme une démarche vers une gouvernance plus inclusive, facteur clé pour renforcer la stabilité politique et réduire l’aversion au risque des investisseurs.
L’inclusion politique pourrait ainsi jouer un rôle crucial dans l’attractivité financière du Tchad. Après tout, qui a dit que l’intégration économique ne passait pas aussi par l’inclusion politique ?