Secrétaire Général du Cadre de Réflexion pour le Développement du Tchad [CRDT]
Responsable du pôle Gouvernance et Éducation
Vous l'avez certainement entendu : "il nous faut des hommes à la place qu'il faut..." Cette affirmation soutient généralement l'idée d'attribuer à chaque département ministériel un ministre issu du domaine concerné. Cette approche est souvent défendue par les partisans de la technocratie et trouve un écho favorable auprès d'une large part de la population. Platon, dans sa philosophie politique, préconisait d'ailleurs un modèle où les dirigeants seraient des philosophes ou, à défaut, où les rois seraient formés à la philosophie.
Toutefois, la gestion publique est un domaine complexe et souvent semé d'embûches. Le ministre joue avant tout un rôle de coordination au sein d'un ministère, qui est un département du gouvernement composé de technocrates et d'administrateurs spécialisés. En ce sens, le ministre agit principalement en tant qu'ordonnateur des projets élaborés par son équipe administrative.
Le débat pourrait alors être élargi aux notions de compétence, de probité, de sens des responsabilités, d'éthique publique et de moralité. Montesquieu, dans son analyse des régimes politiques, suggérait que la bonne gouvernance repose sur des principes de vertu républicaine, où chaque responsable politique se doit d'agir avec intégrité et dans l'intérêt général. Dans cette optique, la coordination et la mise en œuvre des projets gouvernementaux seraient facilitées, indépendamment du domaine d'expertise initial du ministre.
Il est néanmoins souhaitable qu'un ministre dispose d'une connaissance minimale du secteur qu'il est amené à diriger. Cependant, la nomination ministérielle est souvent influencée par des considérations politiques, notamment dans les systèmes démocratiques où elle relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l'État. Celui-ci, en tant que garant de la mise en œuvre de son programme, constitue son équipe en fonction de ses orientations et de ses choix stratégiques.
Ainsi, la question essentielle demeure celle du sens des responsabilités, tant du côté des ministres que du chef de l'État. Une gestion efficace repose sur une vision claire et une approche pragmatique de l'administration publique. L'objectif ne serait donc pas seulement de désigner des experts à la tête des ministères, mais avant tout de s'assurer que les responsables gouvernementaux agissent dans l'intérêt général et avec une conscience aiguë des enjeux républicains.